Wolfgang Amadeus Mozart
Wolfgang Amadeus Mozart
Serenate Notturne – Eine Kleine Nachtmusik

1 SACD Hybride Classique
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Le Concert des Nations
Direction: Jordi Savall

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

. Date et lieu d'enregistrement : à Collégiale du Château de Cardona (Catalogne)  5 au 8 Septembre 2005
. Formats disponibles : 1 SACD Hybride Classique
. Langues du livret : français, english, castellano, català, deutsch, italiano
. Date de parution : 02/01/2006


Sérénade en ré majeur, "Serenata Notturna", KV 239 *
Sérénade en sol majeur "Eine kleine Nachtmusik" (Une petite musique de nuit), KV 525
Notturno en ré majeur pour quatre orchestres, KV 286
Ein musikalischer Spaß (La Plaisanterie musicale), KV 522 **

Le Concert des Nations

* Solistes du Concert des Nations : Manfredo Kraemer, violon I (concertino) - Pablo Valetti, violon II - Angelo Bartoletti, alto - Xavier Puertas, contrebasse - Padro Estevan, percussion
** Solistes du Concert des Nations :(Manfredo Kraemer, violon I (concertino) - Pablo Valetti, violon II - Angelo Bartoletti, alto - Bruno Cocset, violoncelle - Xavier Puertas, contrebasse - Thomas Müller, cor I - Javier Bonet, cor II

Direction Jordi Savall

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La carrière de Mozart se divise assez nettement en deux parties : avant et après janvier 1779, date de son retour à Salzbourg après son voyage à Mannheim et à Paris. Il avait alors vingt-trois ans. Deux ans plus tard, il s’installait à Vienne, pour y passer l’essentiel de son ultime décennie. À quelques exceptions près, ses plus grandes œuvres se situent dans la seconde partie de son existence. Jusqu’en 1781, il effectua de nombreux voyages, mais sa ville natale de Salzbourg demeura son port d’attache. Des quatre œuvres au programme de ce disque, les deux plus anciennes furent composées à Salzbourg et les deux autres à Vienne une dizaine d’années plus tard. Trois d’entre elles se situent sous le signe de la nuit, qu’il faut comprendre non pas au sens romantique, mais à celui que lui donnait un certain XVIIIe siècle, qui appliquait le terme Notturno à des pages du genre divertissement ou plutôt sérénade jouées en principe, mais pas nécessairement, la nuit ou le soir. Aussi bien les deux œuvres de Salzbourg que les deux de Vienne forment une paire, fort différemment il est vrai.

Mozart vécut à Salzbourg sous le règne de deux princes-archevêques : Sigismund Christoph von Schrattenbach (1698-1771), prince-archevêque à partir de 1753, et Hieronymus Franz Joseph von Colloredo (1732-1812), élu le 14 mars 1772 – au quarante-neuvième tour de scrutin ! – par un collège composé des chanoines de la cathédrale. Candidat de la cour de Vienne, Colloredo fut accueilli assez froidement. Un de ses premiers gestes fut d’accorder à Mozart, pour ses services en tant que Konzertmeister (violoniste), un salaire annuel de cent cinquante florins. Il s’agissait du premier salaire jamais touché par le jeune compositeur alors âgé de seize ans. Très vite, Colloredo s’écarta radicalement de la politique de ses prédécesseurs. Adepte des Lumières, ennemi de la pompe et des splendeurs baroques, il avait dans son cabinet de travail des bustes de Voltaire et de Rousseau. La vie culturelle à Salzbourg profita beaucoup de cette nouvelle orientation, mais la musique en souffrit, d’autant qu’une réduction drastique des dépenses et des mesures fiscales sévères – Schrattenbach avait laissé les caisses pratiquement vides – diminuèrent fortement les ressources que traditionnellement, les musiciens avaient tirées de leur art. Mais si ces changements affectèrent la tradition, ils firent aussi naître à Salzbourg d’autres types d’activités musicales. Au milieu des années 1770, la plupart des œuvres instrumentales de Mozart furent écrites non pour la cour, où toutefois beaucoup d’entre elles furent jouées, mais pour des mécènes autres que Colloredo ou pour des concerts privés, ce en quoi Wolfgang fut certainement encouragé par son père Leopold. Sont ainsi passées à la postérité les familles Lodron, von Lützow ou encore Haffner. Par-delà leurs côtés souvent aimables et galants, ces œuvres – qui pour la plupart lui furent payées – montrent qu’à Salzbourg, Mozart fut compris et encouragé. Elles lui permirent de faire étalage de ses capacités de virtuose et de se développer comme compositeur.

Datée de janvier 1776 et probablement destinée aux fêtes du carnaval, la Sérénade, en ré majeur KV 239, dite Serenata Notturna, est unique à un double titre : par le nombre de ses mouvements, réduit à trois, et par son instrumentation, limitée à deux petits orchestres, l’un avec deux violons solos, alto et contrebasse, l’autre avec deux violons, alto, violoncelle (quatuor à cordes) et timbales. La dénomination de Serenata Notturna provient de Leopold Mozart, qui la porta sur l’autographe. Le mois de janvier excluait une exécution en plein air. Sans doute les deux groupes instrumentaux furent-ils placés aux deux extrémités d’une grande salle ou dans deux salles adjacentes. Le second groupe se contente essentiellement de commenter et de renforcer le matériau du premier, avec un rôle spécial dévolu aux timbales : libérées de leur fonction habituelle (servir de basse à une paire de trompettes), elles purent s’émanciper. L’œuvre s’ouvre par une Marcia (Maestoso) aux rythmes très subtils et d’une facture telle qu’au lieu d’apparaître comme une simple introduction, cette marche remplit parfaitement son rôle de premier mouvement. Son caractère solennel se retrouve dans le Menuetto, avec au centre un trio confié aux seuls solistes. Indiqué Rondeau Allegretto, le Finale débute par un refrain à allure de danse villageoise auquel s’opposent successivement un récitatif Adagio pour solistes, une marche plus rapide et des pizzicatos, la conclusion faisant éclater des rythmes martiaux.

Le Notturno en ré majeur KV 286 (269a) naquit un an plus tard, en décembre 1776 ou janvier 1777, lui aussi sans doute en prévision du carnaval (ou du nouvel an), de 1777 cette fois. Sa dénomination provient de Mozart lui-même. Il est fait de quatre groupes orchestraux, chacun pour deux cors, deux violons, alto et basse. Le premier groupe ne possède aucune dénomination spéciale, mais les trois autres furent appelés par Mozart “l’Echo 1mo”, “l’Echo 2do” et “l’Echo 3tio”, ce qui définit parfaitement leurs fonctions respectives et confirme leur éloignement dans l’espace. Sauf dans le trio central du Menuetto final, le premier orchestre énonce et les trois autres répètent en échos de plus en plus brefs et fragmentaires. On est loin de la complexité rythmique résultant dans Don Giovanni (1787) de la superposition de trois orchestres différents. Il n’y a que trois mouvements, le dernier étant un Menuetto, mais cela n’implique pas l’inachèvement. L’Andante initial, de forme sonate avec double reprise et doté d’une mélodie chantante, montre à quel point Mozart assimila Michael Haydn (1737-1806), son collègue à Salzbourg. L’Allegretto grazioso débute comme un rondo, mais on a affaire à une autre forme sonate. D’une longueur exceptionnelle, le Menuetto est plus proche de ceux conçus par Mozart pour des bals que de ceux de ses symphonies. Son trio, qui fut ajouté après coup et noté sans indications d’écho, est joué dans cet enregistrement par les cordes des différentes groupes alternativement.

La Plaisanterie musicale en fa majeur KV 522 pour deux violons, alto, basse et deux cors, formation typiquement salzbourgeoise, fut composée à Vienne et porte dans le catalogue de Mozart la date du 14 juin 1787, soit un peu plus de deux semaines après la mort de son père le 28 mai. De nombreux biographes s’en sont étonnés, et ont vu dans cet ouvrage, satire des mauvais interprètes et des mauvais compositeurs, une réaction bizarre, voire scandaleuse, à la disparition de Leopold. Or, comme l’a établi le musicologue Alan Tyson, la date en question est erronée. Mozart entreprit Ein musikalischer Spass dès la fin de 1786, bien avant la maladie de Leopold, et ne se consacra sérieusement à son quatrième mouvement qu’à la fin d’août 1787, bien après sa mort. On ignore pourquoi Mozart entreprit cette œuvre, la mit de côté, puis y revint. Dans l’Allegro initial, mélodies et harmonies sont des plus simples, les idées sont réitérées sans la moindre invention, et les fautes d’écriture pullulent. Le Menuetto, après un début hésitant, devient proprement chaotique, avec des cors en folie et un trio central fait de gammes très banales. Dans l’Adagio, les cors ont la bonne idée de se taire, ce qui n’empêche pas les cordes de s’engager dans de fausses directions. Dans le Presto final, Mozart parodia non seulement le mouvement correspondant de son propre Concerto pour piano n° 19 en fa majeur KV 459 du 11 décembre 1784, mais aussi un exercice de fugue en ut majeur auquel s’était livré en août 1786 son élève Thomas Awood (1765-1838). Faut-il préciser que la Plaisanterie musicale ne put sortir de la plume que d’un compositeur de très grand génie ?

De la genèse de la célèbre Sérénade pour deux violons, alto, violoncelle et contrebasse en sol majeur KV 525, dite Petite musique de nuit, on ignore également tout. Datée du 10 août 1787, elle est exactement contemporaine de l’achèvement de la Plaisanterie musicale. L’inscription Eine kleine Nachtmusik (littéralement « Une petite musique de nuit ») portée par Mozart sur son catalogue signifie à proprement parler « Un bref nocturne », ou « Une brève musique à jouer la nuit ». Cette inscription ne doit pas être considérée comme un titre, ce que pourtant elle n’a pas manqué de devenir. L’œuvre nous est parvenue en quatre mouvements, mais elle en avait à l’origine cinq, avec en deuxième position un premier menuet. Ce mouvement manquant, arraché de l’autographe, n’a jamais été retrouvé, ou du moins identifié. On ignore si c’est Mozart ou un autre qui le fit disparaître pour obtenir une sorte de symphonie miniature. De nos jours, on imagine mal cette œuvre autrement qu’en quatre mouvements, soit avec un seul instrument par partie, soit comme dans cet enregistrement, avec un orchestre à cordes. L’Allegro initial s’ouvre par une sorte de fanfare destinée à éveiller l’attention. À une séduisante Romanze (Andante) en plusieurs épisodes succèdent un Menuetto (Allegretto) d’allure aristocratique puis un Rondo (Allegro) débordant d’esprit et de vitalité. Alan Tyson estime que si « Tombeau musical de Leopold » il y eut, ce put fort bien être, dans l’esprit de Wolfgang, cette œuvre aussi parfaite que mystérieuse.

Marc Vignal

© Alia Vox

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