Estampies & Danses Royales
Estampies & Danses Royales
Le manuscrit du roi ca.1270-1320

CD & SACD Hybrid Multichannel Stereo
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HESPÈRION XXI
Jordi Savall, vielle & lire d’archet. Pierre Hamon, flûtes.
Alfredo Bernardini, chalemie. Béatrice Delpierre, chalemie.
René Zosso, vielle à roue. Christophe Tellart, cornemuse & vielle à roue.
Michaël Grébil, luth medieval & ceterina d’amore. Begoña Olavide, psalterium.
Dimitris Psonis, dulcimer. Montserrat Figueras, cytara.
David Mayoral, Pere Oliver, Pedro Estevan, percussions.

. Date et lieu d'enregistrement : Monestir de Santes Creus (Catalogne)  29 Août au 2 Septembre 2007
. Formats disponibles : CD & SACD Hybrid Multichannel Stereo
. Langues du livret : Français, English, Castellano, Català, Deutsch, Italiano
. Date de parution : 07/02/2008


1 DANSE [I] 4’03

2 LA PRIME ESTAMPIE ROYAL 4’46

3 ESTAMPIE ANCIENNE : Kalenda maya 2’56
Raimbaut de Vaqueiras (ca.1150-1207)

4 LA SECONDE ESTAMPIE ROYAL 4’17

5 LA TIERCHE ESTAMPIE ROIAL 4’49

6 CHANSON : No puesc sofrir c’a la dolor 4’46
Giraut de Borneill (1175-1220)

7 LA QUARTE ESTAMPIE ROYAL 4’46

8 LA QUINTE ESTAMPIE REAL 5’23

9 ESTAMPIE ANCIENNE : No m’agrad’iverns 5’49
Raimbaut de Vaqueiras

10 DANSE (II) 5’00

11 LA SEXTE ESTAMPIE REAL 3’36

12 LA SEPTIME ESTAMPIE REAL 6’18

13 PLANCTUS : Pax! in nomini Domini!
Marcabru (1128-1150) 6’26

14 LA UITIME ESTAMPIE REAL 4’34

15 DANSSE REAL 4’24

Versions musicales Jordi Savall

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Nous sommes à l’aube du XXIe siècle, donc ce sont bien plus de sept siècles qui nous séparent de l’époque où ces musiques fascinantes furent créées et jouées. Toujours envoûtantes dans leur mystérieuse et vitale beauté, elles sont aussi parmi les musiques instrumentales du Moyen Age les plus anciennes, conservées grâce à une source écrite d’époque. Aujourd’hui, elles nous surprennent et nous touchent pleinement, grâce à leur pulsation rythmique et à leur magie poétique qui, malgré les sept cents ans d’amnésie qui les séparent de nous, sont restées étonnamment perceptibles et captivantes. Le grand siècle de Saint-Louis touche à sa fin, c’est alors Philippe IV dit « le Bel » qui est le roi de France (1285-1314) ; effectivement c’est le type même d’écriture et de notation qui nous confirme que c’est probablement vers la fin de ce XIIIe siècle, ou tout ou plus vers 1310, que la main d’un musicien anonyme a décidé de copier dans ce beau « Manuscrit du Roi » (mss. français 844 de la BN appelé aussi « Chansonnier du Roi »), ces ESTAMPIES ET DANSES ROYALES, que nous avons restaurées et ré-interprétées intégralement avec les instruments d’époque à l’occasion de ce nouvel enregistrement.
Malgré l’importance et la rareté de cette source, il faut attendre jusqu’en 1907 pour que se réalise la découverte moderne de ces ESTAMPIES ET DANSES ROYALES, avec la publication, par le musicologue français Pierre Aubry, de son intéressante étude musicologique, qu’il sous-titrait « Les plus anciens textes de musique instrumentale au Moyen Age », incluant le fac-simile et la transcription de l’intégralité de ces oeuvres. Depuis lors, ces musiques ont été interprétées et jouées en de nombreuses occasions, en concerts et en enregistrements, où par des groupes plus ou moins spécialisés dans le répertoire médiéval, mais la plupart du temps, en pièces isolées et mélangées avec différentes musiques vocales de l’époque.

Notre choix d’une édition intégrale se justifie non seulement par la grande singularité et l’importance de ce recueil, mais surtout par la beauté et l’énergie vitale qui émanent de ces musiques apparemment très archaïques mais, en fin de compte, véritablement modernes par leur caractère « improvisatoire » et leurs structure et conception géniales. Puisque notre responsabilité se situe clairement dans le domaine de ce qu’on peut définir comme « l’interprétation historiquement créative », nous n’entrerons pas dans les différents aspects musicologiques et historiques magistralement présentés par l’intéressant article de David Fallows qui accompagne aussi cet enregistrement.
L’approche artistique de l’interprétation d’une source musicale aussi ancienne et surtout si vierge de toute indication musicale –puisqu’elle ne porte aucune indication pouvant nous éclairer objectivement sur le tempo, les instruments, la fonction, le caractère, l’ornementation, etc.– (et surtout dans le cas de « La Prime Estampie » qui est incomplète), présente des difficultés et des défis considérables, qui nous obligent à des choix forcément très personnels, donc à priori très subjectifs. Cela dit, les termes personnels et subjectifs de cette démarche ne sont pas incompatibles avec une recherche musicologique, organologique et historique rigoureuse et approfondie. Tout au contraire, sans eux, on resterait plutôt dans le domaine de l’archéologie, ce qui nous empêcherait d’appréhender la réelle dimension originale et artistique d’oeuvres certainement d’autrefois, mais qui restent toujours bien vivantes et fascinantes même après les plus de sept cents ans passés.
Nos choix d’instrumentation, de caractère, de tempo, d’ornementation et d’improvisation, ont été faits après l’étude des principales sources historiques contemporaines du manuscrit. Ils ont été faits aussi après avoir consulté les nombreux textes qui nous parlent de l’Estampie ou des instruments joués selon les écrits poétiques de l’époque, comme les Leys d’Amors qui nous parlent des « Cil vieleur vielent lais Canconnetez et estampiez » ou des « Menestrel de viele (qui) ont une estampie nouvelle ». Nous avons aussi et surtout tenu compte des nombreuses informations théoriques et pratiques contenues dans les principaux traités de l’époque, tel que celui de De Musica, publié par le grand théoricien de la musique Jean de Grouchy, le parisien connu surtout comme Johannes de Grocheo (c. 1255 – c. 1320).

Tout ceci doit être assumé dans le plus grand souci de rendre à ces musiques toute leur richesse et leur fraîcheur implicite, à travers une approche qui veut récupérer le rôle créatif des ménestrels. Des musiciens capables non seulement « d’interpréter » mais aussi de « créer » avec leurs vielles à archet et leurs vielles à roue, leurs luths, leurs psaltérions, leurs flûtes, musettes et chalemies ainsi que leurs percussions, un véritable discours et un dialogue musical, grâce à leur maîtrise dans l’art de l’ornementation et de l’improvisation. Pour donner une respiration à l’écoute suivie de ces Danses et Estampies Royales, nous avons intercalé entre elles quatre oeuvres plus anciennes, où nous interprétons en version instrumentale « ex tempore » des chansons de Troubadours, d’auteurs comme Giraut de Borneill (1175-1220), Marcabru (1128-1150) et Rimbaut de Vaqueiras (1150-1207). Ce dernier composa, (selon le biographe de son temps) sa chanson Kalenda maya sur « las notas de la’stampida quel joglar fasion en las violas ». Ceci nous permet de refaire le chemin inverse : c’est la chanson qui nous aide à retrouver l’Estampie originale qui a servi de modèle à la chanson de Rimbaut.
Laissons pour finir la parole au témoin musical le plus important de l’époque, le même Jean de Grouchy (Johannes de Grocheo), qui nous explique ce que c’est que « L’Estampie », ce à quoi elle peut servir, et même quels peuvent être les effets bénéfiques de sa pratique :“La stanpite est une composition musicale sans parole ayant une progression mélodique compliquée (habens difficiles concordantiarum discretionem) et divisée en points (puncti). À cause de sa difficulté, il occupe entièrement l’esprit de l’exécutant et de l’auditeur, et souvent il distrait l’esprit des riches de mauvaises pensées”. On retrouve toujours la conviction profonde de ces ménestrels et musiciens poètes, qui savaient déjà tout le pouvoir que peut avoir la musique dans l’éducation de l’Homme.

JORDI SAVALL
Paris, Janvier 2008

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