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  • CANÇONS DE LA CATALUNYA MIL·LENÀRIA. Planys & Llegendes
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CANÇONS DE LA CATALUNYA MIL·LENÀRIA. Planys & Llegendes
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Reference: AVSA9881

  • Montserrat Figueras
  • La Capella Reial de Catalunya
  • Jordi Savall

La musique de chaque peuple est le reflet de l’esprit de son identité, individuel à l’origine puis acquérant, avec le temps, une forme traduisant l’image d’ensemble d’un espace culturel propre et distinct. Toute musique transmise et conservée par tradition orale est la résultante d’une heureuse survie, suivie d’un long processus de sélection et de synthèse. Au contraire de certaines cultures orientales qui se sont principalement développées dans un espace de tradition orale, les musiques dites « traditionnelles » ou « populaires » du monde occidental n’ont pu perdurer que grâce à ces mécanismes de transmission non écrite.

Informations supplémentaires
Intèrprets

Montserrat FiguerasFrancesc Garrigosa, Arianna Savall, Ferran SavallA. Lawrence-King, P. Memelsdorff, R. Lislevand, R. AlessandriniLa Capella Reial de CatalunyaJordi Savall

Informació

Data i lloc de gravació : Enregistraments realitzats a la Col·legiata romana del Castell de Cardona juliol del 1988 i el febrer 1990 per Maria i Michel Bernstein i Charlotte de Kéranflèc’h. Enregistra

Llista de Temes

1. El Cant dels Aucells2. La filadora3. El Fill del rei4. El mestre5. El comte Arnau6. Mariagneta7. Cançó del lladre8. El testament d’Amèlia9. Cançó de Bressol : Mareta no’m faces plorar10. Cançó de Bressol : La mare de Deu11. Els segadors (Romance Historique)12. Els segadors (Himne Nacional de Catalogne)

Categoria

Catàleg complet, Heritage

Description

« La Chanson est l’essence de l’art populaire »
Joan Amades

Le patrimoine musical de la Catalogne Millénaire est composé d’un ensemble extraordinaire de musiques savantes et populaires, conservées en partie dans des sources manuscrites ou imprimées allant du XIe au XIXe siècle et en partie par tradition orale. Dans des enregistrements antérieurs, nous nous sommes amplement occupés des premières : ce sont les Cansós de Trobairitz (1978), le Cant de la Sibil.la (en Catalogne, à Majorque et Valence, en Castille, en Occitanie, en Provence, etc.) (1988-2010), le Llibre Vermell de Montserrat (1979), les musiques des Cancioneros de Montecassino (2001) et du duc de Calabria (1996), ou encore les Ensaladas de Mateo Flecha (1987), les chansons et fantaisies de Lluis del Milà (1995), les Messes de Joan Cererols (1988), les fantaisies de Joan Cabanilles (1998), les airs et opéras de Vicent Martin y Soler (1991) et les chansons de Fernando Sor (1991). Dans ce disque (qui réunit des œuvres enregistrées en 1988, 1990, 2002 et 2004), nous voulons présenter certaines des chansons parmi les plus belles de ce patrimoine intangible. Nous avons sélectionné, parmi les plus représentatives, onze mélodies extraordinaires : plaintes, légendes et berceuses, que nous avons adaptées dans de nouvelles versions musicales. La majorité d’entre elles sont interprétées par Montserrat Figueras, en collaboration avec Francesc Garrigosa (dans le Comte Arnau), Arianna Savall (dans Mareta et El cant dels aucells), Ferran Savall (également dans El cant dels aucells) et finalement avec La Capella Reial de Catalunya (dans Els segadors). Certaines autres ont été créées en version instrumentale par les solistes d’Hespèrion XX.

La musique de chaque peuple est le reflet de l’esprit de son identité, individuel à l’origine puis acquérant, avec le temps, une forme traduisant l’image d’ensemble d’un espace culturel propre et distinct. Toute musique transmise et conservée par tradition orale est la résultante d’une heureuse survie, suivie d’un long processus de sélection et de synthèse. Au contraire de certaines cultures orientales qui se sont principalement développées dans un espace de tradition orale, les musiques dites « traditionnelles » ou « populaires » du monde occidental n’ont pu perdurer que grâce à ces mécanismes de transmission non écrite. « Des différentes manifestations d’art populaire, la chanson est sans doute celle qui a la plus grande valeur ethnique et psychologique; à travers elle, on peut entrevoir et étudier les manifestations les plus profondes et les plus cachées de l’âme d’un peuple ». Voilà ce qu’écrit l’éminent spécialiste du folklore Joan Amades dans son prologue aux Cançons populars, amoroses i cavalleresques (1935) recueillies entre 1918 et 1922. « La chanson populaire est l’œuvre merveilleuse de tout peuple qui l’écoute et la chante : elle est à tous et à personne, tous se l’approprient et l’altèrent, l’adaptent à leur goût et leur vision, tous la changent et la nuancent, car tous sont ses légitimes propriétaires et personne ne peut s’attribuer un patrimoine absolu ». La poésie et la musique, deux des valeurs les plus sublimées de l’esprit, confluent dans la chanson, formant un art unique, plein d’émotion et de beauté, né de la nécessité, souvent urgente, de consolation et de chaleur humaine et spirituelle. C’est un art qui devient un véritable calmant curatif indispensable à la solitude, au désamour, à la tragédie et à tous les moments de la vie où il est nécessaire de trouver un peu de paix intérieure et d’harmonie dans le cadre où nous vivons. C’est aussi parfois une source de jubilation et de joyeuses célébrations collectives de moments commémoratifs et pleins de vitalité.

La musique est le langage de l’esprit et, comme tel, elle est le premier langage de l’être humain. L’enfant venant de naître qui ne comprend ni ne parle aucune langue perçoit instantanément, avant de comprendre le sens des premiers mots de sa mère, toute la dimension de son amour et à travers sa tendresse et sa manière de chanter reçoit sa première leçon d’humanité. Ceci est possible parce que le son musical a un accès direct à l’âme et y trouve de manière immédiate une résonance, en effet l’homme – comme le dit Goethe – « porte en lui-même la musique ».

La musique vivante n’existe qu’à l’instant même où elle se concrétise en ondes sonores produites au moyen de la voix humaine ou d’instruments et c’est cette limitation même qui en fait à la fois le plus humain et le plus spirituel de tous les arts. Grâce à cela, la musique est l’un des moyens d’expression et de communication les plus universels. La mesure de son importance et de sa signification n’est pas déterminée par les critères de l’évolution du langage – dans le sens de l’histoire et du progrès – mais bien à partir de son degré d’intensité expressive, de sa richesse interne et de son humanité. Ces évidences sont deux des conquêtes les plus significatives de la philosophie de l’art du récent XXe siècle, démontrées dans la réalité par la formidable récupération – et sa présence dans la vie quotidienne – de la musique d’autres époques et aussi, chaque fois davantage, d’autres civilisations.

L’invention de la notation musicale, un phénomène très souvent lié aux cercles sociaux littéraires, a permis que certaines cultures, comme celles de la Chine, de la Corée, du Japon et de l’Europe occidentale, aient développé depuis des temps reculés des systèmes de notes applicables à diverses situations. En revanche, d’autres cultures, comme celles du Proche-Orient (exceptée la Turquie) ou celles du sud ou du sud-ouest asiatique l’ont peu développée, en tout cas jusqu’à il y a un siècle. Dans le monde des musiques « savantes » de l’Europe occidentale, la communication musicale basée sur le non écrit perdura jusqu’à la fin du XVIIe siècle, mais seulement dans le cadre des pratiques en relation à l’improvisation et à la réalisation d’accompagnements par la « basse continue ». On ne le retrouvera plus tard que dans les espaces de création musicale toujours unis aux institutions du pouvoir spirituel et séculier (l’église et la Cour) dès le XVIIe siècle (Angleterre) et surtout au XIXe siècle (Allemagne) dans les cercles éminemment bourgeois. L’écriture musicale a permis un formidable développement des formes et des instruments, mais elle a aussi contribué à reléguer dans l’oubli ou dans un espace secondaire toutes les musiques vivantes qui accompagnaient journellement la vie de l’immense majorité : les musiques du peuple.

Pour cette raison, les musiques populaires de la Catalogne Millénaire constituent un cas exceptionnel en Europe occidentale. Il s’agit de l’un des patrimoines les plus riches et les plus beaux de toutes les traditions musicales vivantes de notre temps. Les milliers de berceuses, de chansons de travail, de plaintes et de légendes conservées par les différentes traditions orales et transmises avec amour par pères et mères à leurs fils et filles, d’une génération à l’autre avec persévérance, représentent en réalité d’authentiques musiques survivantes. Ce sont, en effet, des musiques qui ont eu le privilège et la chance pour nous de survivre à l’inévitable et constante amnésie culturelle de l’homme et de ses délires globalisants. Ce disque est un fervent hommage à tous ceux qui ont contribué avec amour et persévérance à conserver vivaces ces chansons et à les rendre accessibles à tous. L’extraordinaire richesse du patrimoine culturel et musical européen est la résultante de la grande diversité des cultures et des langues qui cohabitent dans notre espace géographique commun. Préserver cette diversité culturelle constitue un pas essentiel permettant de promouvoir le respect à la différence et le dialogue interculturel. Comme le dit Amin Maalouf, « la diversité n’est pas forcément un prélude à l’adversité »; au contraire, il est évident que plus nous partagerons de beauté, plus nous aurons de possibilités d’aborder ensemble les chemins du futur dans l’harmonie et le respect, nous sommes en effet convaincus que, comme l’écrivait Dostoïevski : « la beauté sauvera le monde ».

JORDI SAVALL
Bellaterra, février 2011

Traduction : Irène Bloc