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CANTIGAS DE SANTA MARIA
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Referència: AV9923

En tant que législateur et instigateur d’ouvrages juridiques, Alphonse X a suivi les traces de son père et réalisé des projets planifiés et initiés par ce dernier. Il est tout à fait possible que dans le domaine de la poésie l’exemple de ce père (Ferdinand le Saint) lui ait aussi servi de stimulant. Comme l’écrit son fils dans le Setenario et comme nous le savons grâce à d’autres sources, le roi Ferdinand a été un grand mécène de jongleurs fréquentant la cour castillane. Fait important, sa profonde dévotion à la Vierge Marie est mentionnée dans trois Cantigas (122, 221 et 292).

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Performers

La Capella Reial de CatalunyaHespèrion XXJordi Savall, dirección

Track List

1. Introducción (CSM 176) 1’382. Santa Maria, strela do dia (CSM 100) 2’573. Pero cantigas de loor (CSM 400) 3’494. Instrumental (CSM 123) 3’415. Muito faz grand’erro (CSM 209) 12’256. Por nos de dulta tirar (CSM 18) 8’077. Instrumental (CSM 142) 4’138. Pode por Santa Maria (CSM 163) 5’089. Miragres fremosos faz por nos (CSM 37) 4’1510. Instrumental (CSM 77-119) 4’0811. De toda chaga ben pode guarir (CSM 126) 10’0512. Pero que seja a gente (CSM 181) 6’1913. O ffondo do mar tan chão (CSM383) 8’3614. Conclusión (CSM 176) 2’52

Description

ALPHONSE X LE SAGE

Cantigas de Santa Maria

 

En tant que législateur et instigateur d’ouvrages juridiques, Alphonse X a suivi les traces de son père et réalisé des projets planifiés et initiés par ce dernier. Il est tout à fait possible que dans le domaine de la poésie l’exemple de ce père (Ferdinand le Saint) lui ait aussi servi de stimulant. Comme l’écrit son fils dans le Setenario et comme nous le savons grâce à d’autres sources, le roi Ferdinand a été un grand mécène de jongleurs fréquentant la cour castillane. Fait important, sa profonde dévotion à la Vierge Marie est mentionnée dans trois Cantigas (122, 221 et 292).

Naissance et expansion du culte marial

Selon des sources conservées sur différents papyrus coptes et égyptiens du IIIe siècle et comme le démontrent également les textes de Saint Ephrem de Syrie († 373) et de Saint Épiphane († 403), auteur des Precationes ad Deiparam et des premiers hymnes liturgiques de caractère populaire, les origines du culte public à Marie se situent tout d’abord en Orient. Il s’agit du site du fameux temple d’Artémis (déesse de la chasse, des forêts, des montagnes et de la lune qui est considérée dans les anciennes traditions comme la sœur jumelle d’Apollon). C’est sur l’emplacement de la ville d’Éphèse – alors tenue pour la seconde ville la plus importante de l’Empire Romain (aujourd’hui Selcuk dans le district de Smyrne proche de Kusadasi en Turquie) – que Marie est proclamée « Mère de Dieu » durant le troisième Concile (431). La diffusion de ce dogme peut être considéré comme le prélude à l’expansion du culte marial en Orient comme en Occident. Son souvenir fut célébré et voué à l’éternité par Sixte III (432-440) avec la reconstruction à Rome de la Basilica Liberiana, aujourd’hui connue sous le nom de Basilique de Sainte Marie Majeure. C’est en cette basilique que se sont rapidement développés et avec davantage de décorum les rituels de la liturgie dédiée à Marie. C’est ce que démontrent les antiphonaires O admirable commercium, Quando natus es ineffabiliteer ex Virgine, Ecce Maria genuit salvatorem, encore chantés actuellement le Premier janvier (In Circumcisione Domini). Mais ils étaient chantés à l’origine par les communautés d’Orient puis ont été traduits postérieurement en latin pour faire partie de la liturgie romaine.

 

Après le Ve siècle, les églises mariales se sont multipliées dans les Gaules, en Basse Allemagne et dans la Péninsule Ibérique. Cette église hispanique qui avec Prudence (mort après 405) a commencé à chanter le Salve sancta Parens, et qui au tout début du VIIe siècle s’était préoccupée de traduire en latin les oeuvres profondément mariales de Saint Ephrem, est la même que celle qui a copié l’Orationale à Tarragone à la fin du VIIe siècle ou au commencement du VIIIe, conservant trente-quatre prières magnifiques dédiées à Sainte Marie (Higini Anglès, La música de las Cantigas de Santa María, 1958)

 

Dès le milieu du Ve siècle, la lyrique poético-musicale consacrée à Marie, en texte latin, s’étend à tout le monde chrétien. Il faut cependant se souvenir que la plupart des œuvres de cette période archaïque se présentent comme anonymes alors que dès le VIe siècle beaucoup de poètes latins religieux sont connus. Rappelons quelques-uns des principaux d’entre eux qui se sont consacrés, avant Alphonse X le Sage, dans leurs lumineuses poétiques à chanter les gloires de la Vierge : Magnus Felix Ennodius († 521), Venantius Fortunatus (avant 610), Saint Beda Venerabilis († 735), Paulus Diaconus († 799), Paulinus Patriarche d’Aquilée († 802), Walahfridus Strabo († 849), l’évêque Fulbertus de Chartres († 1028), Hermannus Contractus († 1081), Saint Anselme de Canterbury († 1109), Petrus Abelardus († 1142), Sainte Hildegarde de Bingen († 1171), Jean de Garlande († après 1252), Adam de la Halle († 1286), etc., dont beaucoup d’entre eux sont célébrés dans l’histoire de la musique.

 

La dévotion à Marie qui reçut une telle impulsion entre les XIIe et XIIIe siècles – outre le répertoire latin que nous venons de mentionner – produisit aussi un autre répertoire de caractère plus populaire qui est à l’origine de la floraison lyrique des chansons mariales en texte roman, parmi lesquelles figure la collection des Cantigas de Santa María de notre roi troubadour. Ce répertoire augmente partout dès les XIIe et XIIIe siècles, grâce à la création et l’expansion de nouveaux ordres religieux qui favorisent intensément la dévotion et le culte à la Vierge Marie : les cisterciens avec Saint Bernard (le citharista Mariæ), les augustins, dominicains, franciscains, carmélites et serviteurs de Marie qui tous entrent en compétition pour accroître l’intérêt musical pour l’art marial.

 

De tous les chansonniers conservés, la collection des 420 Cantigas de Santa María d’Alphonse X le Sage constitue selon Higini Anglès « le répertoire musical le plus important d’Europe en ce qui concerne la lyrique médiévale » et certainement le chansonnier marial le plus riche du Moyen Âge : 356 Cantigas sont narratives et racontent les miracles de la Vierge. Les autres, à l’exception d’une introduction et de deux prologues, sont des loor et se réfèrent à des fêtes mariales ou christiques.

 

Toutes , sauf l’introduction, sont accompagnées de musique et la variété des formes métriques que les auteurs des textes utilisent avec une grande virtuosité – comme le souligne Jesús Martín Galán dans son commentaire ci-joint – est extraordinaire, tout spécialement dans les 64 Cantigas non narratives qui nous montrent 53 combinaisons différentes.

 

 

Le roi Alphonse X

Sa cour et Les Cantigas de Santa Maria

 

Alphonse X est né à Tolède le 22 septembre 1221, il est le fils aîné de Ferdinand III de Castille et de Béatrice de Souabe. Nous ne savons pas ce que fut son éducation littéraire et musicale, quoique il est démontré que dès sa jeunesse, il aimait s’entourer de musiciens et de poètes, il se mesurait aux troubadours et jongleurs musiciens qui travaillaient à la cour de son père, où il commença à apprécier les chants occitans et ceux de la lyrique galaïco-portugaise. Par ailleurs, ses liens avec la maison royale de France le familiarisèrent avec les répertoires monodiques en latin et en roman ainsi qu’avec les chants des Minnesänger. Grâce à la chapelle royale de son père, il apprit le chant ecclésiastique et grâce à la cour, les lais, virolais et autres rondeaux, toutes les formes musicales des troubadours provençaux et des troveurs français.

 

L’une des empreintes les plus marquantes, alors qu’il était déjà roi de Castilla y León, fut sa capacité à assimiler la culture orientale qui était déjà présente dans la capitale du royaume. Là, à l’« école des traducteurs » de Tolède sont réunis des groupes de savants chrétiens, juifs et musulmans qui ont développé un travail scientifique remarquable en retrouvant des textes de l’Antiquité et en les traduisant dans les langues occidentales, un fait qui a contribué à poser les fondements de la renaissance scientifique dans l’Europe médiévale. Dans l’énorme production scientifique et littéraire planifiée et jusqu’à un certain point dirigée par lui même, son œuvre la plus significative et la plus personnelle, le recueil des Cantigas de Santa María occupe une place à part. Ce recueil, comprenant de riches miniatures qui ornent les deux principaux manuscrits a accompagné le monarque durant de longues années de sa vie et jusqu’à sa mort. Le grand chercheur Walter Mettman nous rappelle cet attachement : « Quand il gît malade et sur le point de mourir à Vitoria, alors que l’art des médecins ne peut plus le soulager, il demande qu’on le couvre non avec des pansements chauds mais avec ‘O livro das cantigas de Santa Maria’ qui par son pouvoir miraculeux lui rend la santé ». (Cantiga 209, n. 5 du CD). Quelques semaines avant sa mort, il prend dans un second testament les dispositions suivantes: « Que tous les livres des Cantares de loor de Santa Maria soient tous placés dans l’église où notre corps sera enterré. »

 

Les Cantigas que nous rééditons dans ce nouveau volume d’ALIA VOX Heritage forment une sélection préparée et enregistrée durant l’année 1993 avec Montserrat Figueras, La Capella Reial de Catalunya et les musiciens de l’ensemble Hespèrion XX et à laquelle a été ajoutée la Cantiga « O ffondo do mar tan chao » (CSM383), enregistrée en 2008.

 

JORDI SAVALL

Florence, 19 mai 2017

 

Traduction : Klangland